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La coopération régionale s’organise autour des huiles essentielles

15 Mars 2019

La coopération régionale s’organise autour des huiles essentielles

Après les acteurs du tourisme et du numérique opérant sur les différents territoires de l’océan Indien, c’est au tour des filières locales et des professionnels actifs dans les secteurs des huiles essentielles et des produits cosmétiques naturels de se mettre réseau pour construire une chaîne de valeur au niveau de la région.  

Elle a comme un parfum d’évidence. Entre les îles de l’océan Indien, en particulier dans le domaine des huiles essentielles, la coopération fleure bon le naturel… d’abord sur le papier. A commencer par celui utilisé jadis pour établir des cartes et y tracer la route des épices. A la fois invisible et indélébile, ce chemin relie intensément avec les continents voisins ou éloignés, ainsi qu’entre elles, la grande île de Madagascar et d’autres plus petites, regroupées en archipels - Comores, Mascareignes et Seychelles - dans le lointain sillage des explorateurs et des marchands, venus d’Orient et d’Occident.

Depuis l’époque de ces pionniers, le commerce international a modifié ses circuits. Face aux nouvelles chaînes de valeur globalisées, afin d’y insérer bien plus que leurs plantes aromatiques, les territoires indianocéaniques doivent désormais partager des forces plus actuelles. Notamment certains atouts marketing grâce auxquels, dans de nombreux pays, la réputation touristique des lagons de Maurice et des plages seychelloises rime aujourd’hui avec luxe et volupté. Voluptueux entre tous les arômes, celui de la vanille, produite en quantité et en qualité inédites sur la côte orientale malgache, peut offrir à cette coopération la puissance des savoir-faire tant appréciés par les producteurs d’une célèbre boisson qui, selon certaines légendes urbaines, garderaient le secret de leur lucrative recette au fond d’un coffre-fort, à Atlanta. Volupté et savoir-faire forment aussi l’appui attendu des cueilleurs et des distillateurs de la fleur de l’ylang-ylang d’Anjouan. Sa sensuelle essence donne bien la note de cœur grâce à laquelle, près d’un siècle après sa création, le n°5 de Chanel brille toujours au firmament des parfumeurs. Des nez, considérés comme d’infatigables chercheurs, comme le sont ceux qui fondent la notoriété des laboratoires scientifiques établis durant les dernières décennies aux quatre coins de l’île de la Réunion et sur lesquels s’appuie, pour rayonner, l’unique Pôle de Compétitivité européen en activité dans l’hémisphère sud : Qualitropic.

 

Visite de la distillerie CVP Biocom Visite de la distillerie CVP Biocom

« Pour valoriser les travaux des équipes de chercheurs, notre organisme sensibilise et rassemble déjà de nombreuses entreprises réunionnaises. Nous voulons en réunir davantage, notamment celles en activité sur les autres îles de la région, afin de les accompagner dans leurs efforts de recherche, de développement et d’innovation. » Chargé de mission à Qualitropic, Didier Grondin motive ainsi sa participation à l’atelier de travail organisé à Moroni (Comores), les 6,7 et 8 mars dernier, par l’Union des Chambres de Commerce et d’Industrie de l’Océan Indien (UCCIOI), pour le lancement officiel de la nouvelle plateforme de coopération régionale, créée dans le cadre du réseau Cluster4Dev.io, pour les professionnels des huiles essentielles et des produits cosmétiques naturels.

Formé avec la même intention que le cluster régional créé pour le secteur du tourisme, labellisé « Les îles Vanille », et celui du numérique, en attente de label, ce réseau naissant réunit aussi des entreprises et les filières locales intervenant dans la région, pour y favoriser la création de valeur. Dans ce but et avec le soutien financier de l’Agence Française de Développement, ce nouveau collectif s’apprête à relever plusieurs défis. Pour recenser les compétences disponibles et créer la plateforme de communication et de valorisation de la recherche, du développement et de l’innovation, les actions sont pilotées depuis Mayotte où, entre autres entrepreneurs, la dynamique Fahoullia Mohamadi, à la tête Phytomaora met tous ses talents « de chimiste et de qualiticienne au service de la valorisation locale de la pharmacopée traditionnelle ». Afin d’identifier les besoins en formation et dans le but de réduire, sinon éliminer, l’usage du bois comme combustible de la distillation, le nouveau cluster des Comores est à la manœuvre. On peut compter sur l’énergie de sa présidente, Sittina Farrate Ibrahima. Sitôt élue, elle se réjouit de « partir à la recherche de nouveaux débouchés, partenaires et matières premières, pour valoriser l’association des expertises et de la fibre entrepreneuriale. Les talents des cueilleurs et distillateurs traditionnels, d’un côté, et de l’autre, les ambitions commerciales de Comoriennes, issues des îles ou de la diaspora, qui cherchent à développer des lignes de produits cosmétiques naturels. »

En amont de la chaîne de transformation et de valorisation, le cluster s’est fixé pour objectif d’analyser les besoins globaux en matières premières et d’identifier les terres disponibles. En aval, ce sont les marchés qu’il convient d’analyser. Pour tout cela, ses membres pourront autant compter sur l’enthousiasme du jeune entrepreneur de Mahé, Mustafa Bristol, que sur l’expérience et le réseau relationnel du Cluster Huiles Essentielles du Sud-Est de Madagascar (CHESE), comme le précise sa directrice Lysiane Tang. « Grâce aux partenariats noués avec d’autres organisations, comme les pôles de compétitivité Cosmetic Valley, en région parisienne, et Qualitropic, à la Réunion, ainsi qu’avec le Cosmetics Clusters International Network, au niveau international, les 25 membres de CHESE, depuis sa création en 2015, ont accès à des connaissances et à des opportunités capitales pour leur développement. Nous sommes ravis, affirme-t-elle, de prolonger et densifier ce réseau dans notre région. »

Reste aussi à convaincre les pouvoirs publics des pays de l’océan Indien de la nécessité de lever les barrières qui bloquent les échanges régionaux et la circulation des matières premières. C’est l’une des missions que s’est fixée l’Union des Chambres de Commerce et d’Industrie de l’Océan Indien pour la réussite de ce nouveau projet qu’elle initie.

 

Auteur : Renaud Giuliani